Connection
J'ai tué le papillon dans mon oreille / I killed the butterfly in my ear
exposition de MINIA BIABIANY

Fermeture temporaire de l'Exposition initialement  programmée  du 30 janvier au 7 juin 2020

 

Dans la veine de l’exposition I Remember Earth, le MAGASIN des horizons poursuit l’exploration des pratiques artistiques qui touchent à l’écologie. En tramant poésie et politique, le centre d’art de Grenoble rend visible la conscience environnementale des artistes le plus souvent conjugués au féminin.

 

Avec l’exposition de l’artiste Minia Biabiany, il sera question de penser l’écologie au-delà de l’Occident plus précisément depuis le monde caribéen.

Son travail dans sa forme poétique et évanescente nous oblige à regarder fixement un impensé de notre histoire coloniale française qui perdure dans une sourde et pernicieuse violence.

 

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Les œuvres de Minia Biabiany impulsent un dialogue entre le lieu d’exposition et l’installation méticuleuse d’objets qu’elle élabore sur place. Elle confectionne ses pièces à partir de matériaux pauvres ou issus de pratiques vernaculaires. Ici, elle invite le visiteur à une traversée sonore et physique vers un au-delà, celui de son archipel : la Caraïbe.

 

Minia Biabiany tisse des liens entre toutes ses installations. La fin de l’une est le début de l’autre tel un cadavre exquis. Sa dernière vidéo, Toli Toli (2018), termine sur cette phrase : « Les papillons provoquent la cécité quand ils soufflent dans vos oreilles ». J’ai tué le papillon dans mon oreille prend alors comme point de départ un état de cécité. L’incapacité à voir ce qui est là glisse doucement vers le constat d’une connaissance perdue de sa propre terre, conséquence d’un contexte marqué par une politique d’assimilation longue, par des forces en présence qui entretiennent un oubli et par une déconnexion avec son entour. L’exposition de Minia Biabiany amène à sentir et penser autrement, à percevoir de nouveaux les souffles et vivifier les récits enfouis. Pouvoir voir et penser. Penser et sentir.

 

Volontairement organiques, ses installations mêlent des paroles et des sons de ralliement de conques de lambis, dont la répétition nous entraîne tel un refrain. Portés par le vent ces mots, images, sons deviennent la voix de récits en mouvement. Dans sa vidéo Pawol sé van, Minia Biabiany détourne l’expression créole “pawol sé van” - les mots n’ont pas de valeur - et en prend le contre-pied. Le récit entendu ici est à la première personne du singulier dans une volonté de reconnecter l’humain à son environnement, à la terre.

 

Cette exposition nous oblige ainsi à regarder un impensé de notre histoire coloniale française. L’artiste l’insinue consciencieusement, dans chaque amoncellement de matériaux, des feuilles de bananiers, aux brins de bambou, aux conques de lambis tranchées. Hors d’une dénonciation spectaculaire de l’héritage de l’esclavage, de la colonisation et de la pollution endémique de son territoire ultra-marin, Minia Biabiany tisse subtilement les liens coloniaux qui persistent et qui continuent de tuer.

 

Sentir et penser* sont les deux faces d’une même méthode que l’artiste adopte pour nous aider à prendre conscience que l’écologie ne peut évacuer la question de la décolonialité.

 

Reste à s’embarquer dans l’avenir de l’écologie-monde !

 

 

* Sentir-penser avec la Terre. L’écologie au-delà de l’Occident, Arturo Escobar

 

 

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BIOGRAPHIE

 

Minia Biabiany est née en 1988 à Basse Terre, Guadeloupe, elle vit et travaille à Mexico et en Guadeloupe. Diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, elle participe depuis 2011 à plusieurs expositions collectives et personnelles entre autres en France, au Mexique, au Costa Rica, en Colombie, en Allemagne, en Suède. 

 

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+ d'info sur l'exposition El Mar De Cristóbal Colón d'Álvaro Barrios

 

 

 

 

MINIA BIABIANY

EXHIBITION FROM JANUARY 30, TO JUNE 7, 2020 

 

Following up on the exhibition I Remember Earth, the MAGASIN des Horizons continues to explore ecologically engaged art practices. Interweaving poetry and politics, the Grenoble art center foregrounds the environmental awareness of predominantly female artists.

 

Minia Biabiany’s exhibition approaches the issue of ecology from a non- Western, and more specifically Caribbean, perspective. Thanks to its poetic, ephemeral form, the artist’s work forces us to take a closer look at previously ignored aspects of French colonial history, which is perpetuated through pernicious acts of covert violence.

 

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Minia Biabiany’s oeuvre forges a dialog between the exhibition space and a meticulous installation of objects she fashions in-situ. She constructs her works from scrap materials or those derived from vernacular practices. Here, she invites the visitors to a sound-based corporeal journey toward a beyond—the beyond of her archipelago, the Caribbean.

 

Minia Biabiany weaves intricate connections between all her installations. The conclusion of one is the beginning of the next, as if she were drawing an “exquisite cadaver.” Her latest video Toli Toli (2018) ends with the following words: “Butterflies provoke blindness when they blow in your ears.” I killed the butterfly in my ear thus takes blindness as its starting point. The inability to see brings on the realization that we have lost the knowledge of our own land. This loss is the consequence of long-term policies of assimilation, of the powers in place which support forgetting, and of disconnectedness from our environment. Minia Biabiany’s exhibition compels us to feel and think differently, to perceive the flow of air, and breathe new life into repressed narratives. Being able to see and think; to think and feel.

 

Deliberately organic, her installations combine rallying words and sounds of lambi shells, the repetition of which carries us forward like a refrain. Transported by the wind, these words, images, and sounds lend voice to stories in motion. In her video Pawol sé van, Minia Biabiany subverts the Creole expression, “pawol sé van”—words are wind—and turns it inside out. The story we hear is told in the first person singular in order to reestablish a connection between humans and their environment, the earth.

 

Feeling and thinking* are the two facets of the methodology adopted by the artist to help us to realize that ecology does not trump decoloniality.

 

We must now set out into the future of worldwide ecology!

 

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BIOGRAPHY

 

Minia Biabiany was born in 1988 in Basse Terre, Guadeloupe. She lives and works in Mexico and Guadeloupe. A graduate of the École Nationale Supérieure des Beaux-Arts in Lyon, since 2011 she has participated in numerous group and solo exhibitions, including in France, Mexico, Costa Rica, Colombia, Germany, and Sweden.

 


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+ More info on the exhibition El Mar De Cristóbal Colón of Álvaro Barrios